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Lourdes Conférence 1
Apprendre à faire le signe de la croix avec Bernadette
Il réfléchissait à l’unité des chrétiens entre eux et avec l’ensemble de l’humanité. Cette unité est un don, elle nous est donnée par le Saint-Esprit, comme dit l’apôtre. Et c’est là que Grégoire de Nysse vient à citer un passage de l’évangile de ce jour qui m’avait toujours paru obscure. Et il ajoute : le lien de cette unité, est la gloire. Aucun de ceux qui examinent cette question ne saurait y contredire, s’il considère ces paroles du Seigneur : La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée. Effectivement, il leur a donné cette gloire quand il leur a dit : Recevez le Saint-Esprit. Cette gloire qu’il possédait de tout temps, avant que le monde fût, le Christ l’a pourtant reçue lorsqu’il a revêtu la nature humaine. Et lorsque cette nature eut été glorifiée par l’Esprit, tout ce qui lui est apparenté a reçu communication de la gloire de l’Esprit, en commençant par les disciples. C’est pour cela que Jésus dit : La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée ; qu’ils soient un comme nous sommes un ; moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un.
Conférence 3
«Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre.»
Ce sont les paroles de cela (aquero, en bigourdan). Comme les bergers de Bethléem en Saint-Luc : ils sont allés voir cela qui est arrivé, ils racontèrent ce qui leur a été dit – ces choses – et cela se passait dans une grotte comme à Lourdes. Bernadette ne sait pas encore ce qu’est ce qu’elle voit, elle ne se prononce pas. Elle voit une dame la même qu’elle a vue à la première apparition
L’histoire du signe de la croix et sa représentation à travers les siècles :
Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le christianisme était mis au ban de la société. Aussi les chrétiens eurent-ils recours, pour manifester leur foi au Christ, à des représentations symboliques que seuls les initiés reconnaissaient : le poisson, la palme, le cerf, l’agneau et surtout ce qu'on appelle le monogramme du Christ, c'est-à-dire le "chi" et le "ro", qui sont les deux premières lettres grecques du mot Christ, assemblés en une figure unique, telle qu'on la voit sur le monogramme de Metz ici reproduit. Avec l'édit de Milan en 313, l'empereur romain Constantin accorde la liberté à l’Eglise chrétienne. Peu à peu celle-ci sort des catacombes et peut se manifester sans problème sur la place publique. Le Christ prend alors publiquement la forme de la croix telle qu'on la voit sur une pierre tombale de l’époque gallo-romaine, découverte à Metz-Sablon lors des fouilles de l’amphithéâtre. C'est la première figuration chez nous de la croix au IVe siècle.
A l’époque carolingienne apparaissent et se multiplient les croix avec le Christ crucifié ou crucifix proprement dits. Cependant, on ne présente pas le Christ souffrant ou mort sur la croix, mais le Christ triomphant du matin de Pâques, avec la couronne royale en or sans épines, tel qu'on peut le voir, par exemple, sur l’icône de Saint-Damien, du début du XIIIe siècle, devant laquelle saint François s'est recueilli tant de fois.
Quatrième et dernier moment dans l’évolution du regard chrétien sur le Christ crucifié : à partir du XIIIe siècle, la dévotion à la passion s'impose, comme on le voit sur la croix sculptée du portail de la Vierge Marie, qui est à l’entrée de la cathédrale de Metz : le Christ des douleurs. Il porte la couronne d’épines; il la porte encore aujourd'hui dans la plupart représentations.
2e apparition le 14 février : Bernadette est en profonde extase.
« La seconde fois, c’était le dimanche suivant (14 février). J’y revins parce que je me sentais pressée intérieurement. Ma mère m’avait défendu d’y aller. Après la grand’messe, les deux autres petites et moi fûmes encore le demander à ma mère. Elle ne le voulait pas, elle me disait qu’elle craignait que je tombe dans l’eau ; elle craignait que je ne fusse revenue pour assister à vêpres. Je lui promis que si. Alors elle me donna la permission de partir. Je fus à la paroisse prendre une petite bouteille d’eau bénite, pour la jeter à la vision lorsque je serai à la grotte si je la vois. Arrivées là, chacune prit son chapelet, et nous nous mîmes à genoux pour le dire. A peine si j’avais dit la première dizaine, j’aperçus la même Dame. Alors je me mis à lui jeter de l’eau bénite, tout en lui disant si elle venait de la part de dieu de rester, et sinon, de s’en aller. Elle se mit à sourire, à s’incliner ; et plus je l’arrosais, plus elle souriait et inclinait la tête et plus je lui voyais faire des signes. Et alors saisie de frayeur, je me dépêchais aussi de l’asperger jusqu’à ce que ma bouteille fût épuisée. Alors je continuai à dire mon chapelet, elle disparut, et nous nous retirâmes pour aller à vêpres. Voilà pour la seconde fois. »
3e apparition : L’entourage pousse Bernadette d’aller à la grotte avec de quoi écrire. La Dame dit à la voyante qui lui présente le papier et l’encre : «Ce que j’ai à te dire il n’est pas nécessaire de l’écrire »… « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours »… Et là elle ajoute : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre ».
L’approche divine demande un renoncement, une purification, ce que Dieu veut dire s’écrit dans le cœur, comme la nouvelle alliance de Jérémie : « Je leur donnerai (à ceux qui ont été conduits loin de leur pays, les exilés au pays de Babylone) un cœur pour connaître que je suis le Seigneur » (24,7) ou en Ezéchiel (11, 14-21) : « Viendra le jour où je vous rassemblerai du milieu des peuples où vous avez été dispersés et je vous donnerai la terre d’Israël. Je leur donnerai un seul cœur et je mettrai en eux un esprit nouveau ; j’extirperai de leur chair le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu’ils marchent selon mes lois, qu’ils observent mes coutumes… Alors ils seront mon peuple et je serai leur Dieu. »
Aquero dit vous à Bernadette et elle parle son patois, elle lui parle avec respect, à elle, la fille de rien, la fille de chômeur et de femme de ménage, elle la regarde non pas comme une chose, mais comme une personne, et elle en est bouleversée. Le même respect que l’on trouve dans l’épisode de la Samaritaine en Saint-Jean (4, 9) : la Samaritaine a été de la même façon bouleversée au puits de Jacob parce qu’un Juif s’adressait à elle – il y avait alors une grande hostilité entre les deux peuples, les Juifs et les Samaritains.
Puis vient le grand message. Elle me dit aussi… Bernadette dira plus tard : « La sainte Vierge ne m’a pas menti ; la première partie de ses paroles se vérifie, ça, je le tiens, je suis sûre de l’avoir » - la pauvreté, la maladie, la manière honteuse dont elle est reçue au couvent chez les religieuses, elle, la « bonne à rien ». Or ce qui frappe les contemporains, c’est la joie mystérieuse de Bernadette. « Je suis, dira-t-elle plus tard, plus heureuse qu’une reine sur son trône ». Dès cette vie elle est secrètement introduite dans l’ « autre monde ». De plus en plus.
Il y a là tout un chemin qui s’ouvre devant la petite Bernadette sous la houlette de la Dame, un chemin spirituel qui la mène d’elle, de là où elle se trouve, jusqu’au plus secret du cœur ou jusqu’au sommet de la montagne, comme dit le grand mystique espagnol Jean de la Croix, là où se fait la rencontre de Dieu.
Le Seigneur descendit sur la montagne du Sinaï, au sommet de la montagne. Il appela Moïse et Moïse monta… (Ex. 19, 16-25)
Le prophète Elie fit la même expérience au moment où le roi Achab chercha à le tuer à cause de son zèle pour le Dieu de ses Pères et qu’il dut se cacher dans le désert. La vie lui parut insupportable au point qu’il souhaita mourir. C’est alors que Dieu le réconforta :
Il se leva, mangea une galette qu’un Ange lui apporta et but dans une gourde d’eau, puis soutenu par cette nourriture il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb.
Là il fit l’expérience de Dieu.
La grande découverte de Bernadette fut celle-ci : l’autre monde n’est pas pour l’après-vie, il est ici et maintenant et c’est la prière. Rien d’autre que la prière ou la rencontre avec le Seigneur. Découvrir que le Seigneur n’est pas loin, que je n’ai pas à traverser la mer, il est plus intérieur à moi que je ne luis moi-même, comme le dit si bien saint Augustin dans ses Confessions. Quitter le moi superficiel, creuser en soi comme on creuse un puits, atteindre l’eau dans les couches profondes de la terre. Laisser mon « petit monde » ou comme dit Maurice Zundel, le moi préfabriqué, ce qui est donné à la naissance, ce avec quoi je suis venu au monde, notre être biologique, pour qu’advienne le vrai moi, l’autre vie ici et maintenant. Que mon âme se déploie comme un jardin bien arrosé, qu’elle devienne l’habitation divine qu’elle aspire à être. C’est cela l’autre vie dont parle la Dame. La souffrance n’est pas absente dans cette autre vie, mais elle est transfigurée comme on le voit dans le corps glorieux ou le corps ressuscité du Christ. Les blessures de la croix n’y sont pas détruites, elles sont illuminées, transfigurées. Dans ma vie de croyant tout demeure de l’ancienne vie, les mêmes souffrances, les mêmes difficultés, la même banalité des jours ordinaires, mais elles prennent sens : à travers elles, Dieu m’enfante pour une vie nouvelle. Il faut renaître pour entrer dans le royaume de Dieu. Mais comment puis-je renaître, moi qui suis déjà vieux ? Nicodème avait posé la question au Christ. Il ne s’agit pas de retourner dans le sein de sa mère, mais de se laisser remodeler par la grâce d’en-haut.
On ne peut mieux dire que saint Paul dans 2 Cor. 4, 16-18 :
Frères,
Dans tout ce qui nous arrive
Nous ne perdons pas courage,
Et même si en nous l’homme extérieur s’en va vers sa ruine,
l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour.
Car nos épreuves du moment présent sont légères
Par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent.
Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas ;
ce qui se voit est provisoire,
ce qui ne se voit pas est éternel.
Bernadette a des mots tout simples pour dire cela : « Je pensais que le Bon Dieu le voulait. Quand on pense que le Bon Dieu le permet, on ne se plaint pas ». Elle pensait aux malheurs de sa famille avant les apparitions. Elle découvre aussi que ce n’est pas elle, son apparence qui importe, mais cela qui est caché dans son cœur et dans le cœur de chaque homme. Christian Bobin écrit dans un texte tout court ceci : Est homme celui qui va « comme va le Christ sur les chemins de Palestine, tête nue », dans la recherche jamais interrompue d’autrui qui est plus grand que soi… Et le premier venu surprend par la noblesse de sa solitude, par la beauté perdue de ses jours. Ne me regardez pas moi, dit le Christ, regardez plutôt le premier venu et ça suffira, ça devrait suffire…
Je ne cesse de m’étonner du chemin que cette petite Bernadette fit sous la houlette de la Vierge Marie. Marie lui a ouvert les yeux, comme cela s’était passé pour le grand apôtre Paul sur le chemin de Damas.
Et elle, la petite fille de rien du tout, qui ne savait même pas lire et écrire lors des apparitions devient à son tour maîtresse de vie spirituelle. Elle avait beaucoup de goût pur la lecture ; et la maladie lui laissait le loisir de se livrer à cet attrait de son esprit et de son cœur. Et souvent elle faisait des réflexions comme celles-ci: « Je n’aime pas les Vies de Saints où on les présente comme entièrement parfaits, d’une perfection tout unie, sans une défaillance, sans une faute, sans une inégalité. Ils sont tellement célestes que cela tend à nous décourager, nous, qui sommes si loin d’un tel état… S’ils y sont arrivés (à la perfection), on devrait au moins nous marquer toutes les étapes du chemin qu’ils ont suivi pour y parvenir… La contemplation de leur triomphe total ne m’enseigne rien : c’est la vue de leur combat qui m’apprendrait à lutter… Il faut qu’on nous montre qu’ils étaient comme nous, afin qu’ensuite nous-mêmes nous devenions comme eux.» (Henri Lasserre, Bernadette, la voyante de Lourdes 1926 p. 189-90).
Elle devint aussi maîtresse en Bible. C’est encore Henri Lasserre qui en témoigne :
« Le texte des Ecritures avait pour la voyante de Lourdes un charme profond dont elle ne se lassa jamais. Oserons-nous dire qu’elle le préférait à tous les sermons ? Elle y trouvait une saveur inexprimable, une saveur sans cesse renaissante que son intelligence ou son âme ne savaient point toujours goûter dans les commentaires les plus éloquents. Parfois on la surprenait l’Evangile à la main, versant des larmes sur les douleurs de l’Homme-Dieu.
…La Passion, disait-elle, me touche plus quand je la lis que quand on le la prêche.
L’appel et la vocation de Bernadette (sur internet).
Sa vocation ? Il est évident que les apparitions ont marqué le cours de sa vie. Par elles elle a découvert des points essentiels : d’abord à faire le signe de la croix, puis à découvrir le bonheur (Il n‘est pas en ce monde, mais en l’autre), à s’ouvrir à l’au-delà dans les longues extases. Et surtout : Au lendemain des apparitions, Bernadette s'interroge sur le sens à donner à sa vie.
Et moi est-ce que je m’interroge sur le sens à donner à ma vie ? Car moi aussi, Dieu m’appelle, comme il a appelé les prophètes, comme il a appelé Paul et les apôtres. Je voudrais méditer avec vous un instant ce que Paul écrit aux chrétiens de Rome à propos d’Abraham : « Il est notre père devant Celui en qui il a cru, qui fait vivre les morts et appelle à l’existence ce qui n’existe pas ». Il m’appelle, cet appel me fait être…, sans lui je ne serais pas
Bernadette se sent appelée à devenir religieuse, mais dans quelle congrégation? Elle se met en recherche. Le carmel de Bagnères-de-Bigorre l’attire d’abord. En 1860-1861, elle parle de rejoindre un ordre religieux dédié à saint Bernard. Elle aimerait y entrer pour les veilles, jeûnes, discipline et autres mortifications qui s'y vivent… mais sa mauvaise santé semble être un obstacle ainsi que sa pauvreté car une dot est demandée. En 1863, les sœurs de la Charité de Nevers, en mission à l’hospice de Lourdes, l’orientent vers le soin des malades. Pour Bernadette, à leurs côtés, c'est une expérience décisive. Ce qu’elle apprécie, entre autres, chez les sœurs de Nevers, c’est leur discrétion à son égard, en contraste avec d’autres, qui la sollicitent de toutes parts. Elle dira plus tard : «Je vais à Nevers parce qu’on ne m’y a pas attirée».
Le 27 septembre 1863, Bernadette a une conversation très intéressante sur son avenir avec Mgr Forcade, évêque de Nevers, de passage à Lourdes.
Les mois suivants, Bernadette mûrit son discernement. Le 4 avril 1864, après une messe célébrée à l’hospice de Lourdes, elle va trouver la supérieure des religieuses, sœur Alexandrine Roques et lui dit : «Je sais maintenant, ma chère Mère, où je dois me faire religieuse […]. Chez vous, ma chère Mère».
Du 4 octobre au 19 novembre 1864, Bernadette est partie se reposer, loin de Lourdes, sans avoir la réponse à sa demande du 4 avril. A Nevers, la supérieure, Mère Joséphine Imbert, hésite: elle s’inquiète des perturbations que la célébrité de Bernadette risque d’entraîner pour la maison religieuse qui la recevrait. Mère Marie-Thérèse Vauzou, la maîtresse des novices, émet un avis favorable. L’évêque de Nevers appuie la demande.
Le 19 novembre 1864, en rentrant à Lourdes, Bernadette trouve une bonne nouvelle : la réponse est positive. Le postulat peut donc commencer dès à présent, depuis Lourdes. Mais Bernadette tombe gravement malade, de début décembre 1864 à la fin du mois de janvier 1865. Sa convalescence est attristée par le décès de Justin, son petit frère.
Bernadette commence finalement son postulat en février 1865. En avril 1866, elle rédige sa demande d'entrée au noviciat de Nevers. Désormais, elle peut rejoindre la maison-mère des Soeurs de la Charité.
Le 28 avril 1866, Bernadette annonce son départ pour Nevers. Mais Mgr Laurence, l'évêque de Tarbes, tient à ce qu’elle soit présente à l’inauguration de la crypte (érigée à l'aplomb de la Grotte, dans le sanctuaire naissant). Bernadette assiste à la célébration et participe à la première procession officielle qui répond à la demande de la Vierge Marie. A cette occasion, Bernadette subit les assauts des curieux. Mgr Laurence autorise vite le départ de Bernadette pour Nevers. Le 3 juillet 1866, toute la famille Soubirous est réunie au moulin Lacadé - nouveau lieu d'habitation - pour le repas d’adieu. A Lourdes, Bernadette aura mûri pendant huit ans sa vocation de baptisée.
Du 4 au 7 juillet 1866, Bernadette voyage de Lourdes vers Nevers. Une fois arrivée à la maison-mère des Soeurs de la Charité, après le témoignage qu’elle fera des apparitions, Bernadette coiffe le petit bonnet et revêt la pèlerine de postulante. Bernadette a formellement précisé qu’elle venait pour «se cacher». Bernadette a le mal du pays. Elle dira : «C’est le plus grand sacrifice de ma vie». Elle surmonte ce déracinement avec courage, mais aussi avec humour. De plus, elle assume sans arrière-pensée cette nouvelle étape : «Ma mission est finie à Lourdes», «Lourdes n’est pas le ciel». Bernadette prend l’habit religieux le 29 juillet 1866, trois semaines après son arrivée, avec 42 autres postulantes. Elle reçoit le nom de sœur Marie-Bernard. En septembre 1866, Bernadette voit son état de santé s’aggraver. En octobre 1866, elle est à toute extrémité. Le docteur Robert Saint-Cyr, médecin de la communauté, assure qu’elle ne passera pas la nuit. Mère Marie-Thérèse juge bon que Bernadette face profession in articulo mortis... Elle survivra à cette nuit. En décembre 1866, Bernadette apprend le décès de sa maman, Louise. Elle avait 41 ans. Le 2 février 1867, Bernadette, guérie, revient au noviciat. Le 30 octobre 1867, Bernadette fait profession entre les mains de Mgr Forcade, l'évêque de Nevers. Elle s’engage pour la vie à pratiquer les vœux de «pauvreté, chasteté, obéissance et charité». Chaque professe reçoit : le crucifix, le Livre des Constitutions, la lettre d’obédience et son affectation dans une maison religieuse. Bernadette est affectée à la maison-mère en tant qu'aide infirmière.
En 1869, Bernadette est confrontée à de nouveaux problèmes de santé. En mars 1871, elle apprend le décès de son papa, François.
De 1875 à 1878, la maladie progresse et c'est souffrante que Bernadette prononce ses vœux perpétuels. Le 11 décembre 1878, Bernadette s’alite définitivement, dans sa "chapelle blanche" comme elle appelle le grand lit à rideaux dans lequel elle passe ses longues nuits d'insomnie.
Le 16 avril 1879, Bernadette décède : elle entre dans la Vie pour retrouver à jamais Jésus et la Vierge Marie, mais aussi tous ceux qui lui sont chers. Le 30 mai 1879, son cercueil est descendu dans le caveau de l’oratoire Saint-Joseph, dans le jardin de la maison-mère des Soeurs de la Charité de Nevers. Treize années durant, Bernadette aura pleinement vécu sa vocation de religieuse.
La sainte
Extrait de l'allocution du pape Pie XI pour la canonisation de Bernadette Soubirous :
[...] "C’est la Sainte Vierge Immaculée qui vous a convoqués pour l’honorer elle-même et honorer sa petite servante, la petite, la grande sainte Bernadette, devenue la confidente de la Reine du Ciel. [...] La vie et la sainteté de Bernadette sont un fruit admirable et complet de la Rédemption. La nouvelle Sainte nous enseigne ce que le monde dédaigne et méprise : la vie cachée, la vie humble, de renoncement, qui est une des grandes leçons du Rédempteur, nous indiquant aussi ce précieux et divin enseignement : “Apprenez de Moi que je suis doux et humble de cœur”. L’Evangile se résume en cette leçon essentielle. Telle est bien la finalité de la vie chrétienne, la raison dernière des enseignements du Rédempteur qui, au cours de sa vie parmi les hommes, de Bethléem au Calvaire, est venu précisément pour que les âmes aient la vie, au sens strict du mot, et l’aient surabondamment. Le sentiment d’humilité qu’il a apporté au monde était totalement inconnu du monde païen, comme nous le constatons encore dans les régions qui ne sont pas évangélisées, infestées par les erreurs et les horreurs de toutes sortes. Quel contraste ! Après dix-neuf siècles, sainte Bernadette vient encore rappeler cette grande leçon à un monde où sévissaient l’arrogance de l’esprit, la superbe du cœur et le mépris de l’humilité.
Lorsqu’une amie de Bernadette lui posa la question le lendemain de sa première communion : «De quoi as-tu été la plus heureuse : de la première communion ou des apparitions ?», Bernadette répondit : «Ce sont deux choses qui vont ensemble, mais ne peuvent être comparées – J’ai été heureuse dans les deux» (Emmanuélite Estrade, 4 juin 1858). Et son curé témoignait à l’Évêque de Tarbes au sujet de sa première communion : «Bernadette fut d’un grand recueillement, d’une attention qui ne laissait rien à désirer … Elle apparaissait bien pénétrée de l’action sainte qu’elle faisait. Tout se développe en elle d’une façon étonnante». Avec Bernadette, nous invoquons le témoignage de tant et tant de saints et de saintes qui ont eu pour la sainte Eucharistie le plus grand amour. Nicolas Cabasilas s'écrie et nous dit ce soir : « Si le Christ demeure en nous, de quoi avons-nous besoin ? Que nous manque-t-il ? Si nous demeurons en Christ, que pouvons-nous désirer de plus ? Il est notre hôte et notre demeure. Heureux sommes-nous d'être Sa maison ! Quelle joie d'être nous-mêmes la demeure d'un tel habitant ! » (La vie en Jésus-Christ, IV, 6).
Mélanie - Timide, taciturne, renfermée, elle n’hésite pourtant pas à répondre quand il s’agit de l’Apparition. Elle reste quatre ans chez les Sœurs de la Providence : elle a peu de mémoire et moins d’aptitude encore que Maximin pour étudier. Dès novembre 1847, sa Supérieure craignait déjà que "Mélanie ne tirât vanité de la position que l’événement lui a faite". Cela s’explique chez cette fille pauvre, privée d’affection, "placée" dès l’âge de dix ans... et soudain projetée sous les feux de l’actualité. Au reste, elle est bonne chrétienne, et même pieuse. Elle essaie plusieurs fois "d’entrer en religion" mais en vain. Agressée par la curiosité, l’indiscrétion, les pressions de certains de ses visiteurs, avides de révélations politico-religieuses, Mélanie résiste mal à la tentation de jouer les oracles en reprenant les pseudoprophéties populaires sur la fin des temps qui réapparaissent périodiquement dans l’histoire de l’Eglise. Cependant, elle passe du Carmel de Darlington (Angleterre) à la Compassion de Marseille, puis reste dix-sept ans à Castellamare, près de Naples, écrivant secrets et Règle pour une hypothétique fondation religieuse : le Vatican prie l’évêque du lieu de lui interdire ce genre de publication mais elle cherche d’autres appuis. Après un séjour dans le midi à Cannes, nous la retrouvons à Chalon-sur-Saône, où, pour les mêmes raisons, elle a maille à partir avec l’évêque d’Autun. Elle retourne en Italie, près de Lecce, puis à Messine en Sicile ; revient en France, dans l’Allier, et finit d’y écrire une autobiographie mystique de mauvais aloi. Les 18 et 19 septembre 1902, elle passe à La Salette, et y fait le récit de l’Apparition. Puis elle retourne en Italie méridionale, à Altamura (Bari). Elle y meurt le 14 décembre 1904. Pauvre, croyante, pieuse, mais attachée à son propre sens, il est un point sur lequel Mélanie n’a jamais varié : ce qu’elle avait dit, comme Maximin, au soir du 19 septembre 1846, dans la cuisine des Pra, aux Ablandins. Maximin et Mélanie ont rempli leur mission. Le 19 septembre 1855, Mgr Ginoulhiac, nouvel évêque de Grenoble, résumait ainsi la situation : "La mission des bergers est finie, celle de l’Église commence".
Conférence 4
Le dimanche 21 février, raconte le Henri Lasserre, « avant le lever du soleil, une foule immense, plusieurs milliers de personnes (c’est dimanche, jour de repos, les gens sont plus disponibles qu’un jour de semaine) d’hommes et de femmes étaient déjà réunis devant la Grotte et tout autour. C’était l’heure où Bernadette avait coutume de venir. Elle arriva, enveloppée de son capulet blanc, suivie de quelques uns de siens, sa mère ou sa sœur. Ses parents avaient assisté la veille ou l’avant-veille, à ses extases ; ils l’avaient vue transfigurée, et maintenant ils croyaient.
« L’enfant traversa simplement sans assurance comme sans embarras la foule qui s’écarta avec respect devant elle en lui livrant passage ; et sans paraître s’apercevoir de l’attention universelle, elle alla, comme si elle eût été toute seule au fond d’un désert, s’agenouiller et prier… »
« Quelques instants après on vit son front s’illuminer et devenir rayonnant. L’apparition se manifestait devant elle. Tous ses traits montaient, montaient, et entraient comme dans une région supérieure, comme dans un pays de gloire, exprimant des sentiments et des impressions qui ne sont pas point d’ici-bas. Les yeux fixes et bienheureux contemplaient une beauté invisible qu’aucun autre regard n’apercevait, mais que tous sentaient présente, que tous, pour ainsi dire, voyaient par réverbération sur le visage de l’enfant. Cette pauvre paysanne semblait ne plus appartenir au pays de l’exil…
« Tous ceux qui ont vu Bernadette en extase parlent de ce spectacle comme étant tout à fait sans analogue sur terre. Lorsque dix ans après nous en avons interrogé un grand nombre, leur impression était aussi vive que le premier jour.
« Et malgré tout Bernadette gardait conscience de ce qui se passait autour d’elle.
Ainsi un souffle de vent ayant éteins son cierge, elle étendit la main pour que la personne la plus proche le rallumât.
Quelqu’un ayant voulu avec un bâton toucher l’églantier, elle fit instinctivement signe de le laisser, et son visage exprima la crainte. Un des observateurs, le docteur Dozous, était à côté d’elle. – Ce n’est là, pensait-il, ni la catalepsie avec sa roideur, ni l’extase inconsciente des hallucinés, c’est un fait extraordinaire, d’un ordre tout à fait inconnu à la médecine. »
Quel a été le lieu précis de Bernadette ? Le lieu où elle a donné sens à sa vie, le lieu de sa vocation ? Le lieu où elle a donné sa vie ? Sa place sur terre ? La grotte, ce n'était que quinze jours. Le lieu précis de Bernadette a été l'infirmerie de Nevers. Cette fille est entrée chez les sœurs de Nevers, chez les sœurs de la Charité et de l'Instruction Chrétienne de Nevers. Pourquoi ? Parce que les sœurs aiment les pauvres. Donc quelque part, elle se voyait comme sœur à Nevers dans une vie active, peut-être envoyée en mission.
C'est un projet qu'elle a élaboré. Son noviciat s'est passé très mal. Elle a failli mourir deux fois. Au bout de ses deux ans, elle arrive à faire sa profession avec 43 autres novices. Et puis voilà, le lendemain, les nouvelles professes passaient devant les supérieures et l'évêque et puis on dit : « Qu'est-ce que l'on fait avec cette fille ? Elle est toujours malade.
Ecoutez, nous allons l'envoyer à l'infirmerie. » On se rend compte qu'elle ne connaissait pas le métier d'infirmière. Donc, elle préparera les tisanes.
Le grand projet de Bernadette, au lieu de partir dans un pays de mission, va consister à monter au premier étage. Et cette infirmerie qui nous dit tant sur la vie de Bernadette, c'est là où elle fera le don de sa vie. Et c'est là où elle s'identifiera au Christ. Cette infirmerie deviendra pour elle sa « chapelle blanche ».
Je vais vous lire un texte. Ecoutez ce que dit Bernadette sur sa vie active.
« Ah ! que le Bon Dieu a bien fait de ne pas me laisser le choix de mon genre de vie. Car assurément, je n'aurais pas élu de moi-même cette inaction où je suis réduite, où la Providence me veut. Il me semblait que j'étais née pour agir, pour me remuer, pour être toujours en mouvement. Le Seigneur me veut immobile. Mon bonheur serait de chanter les cantiques, les psaumes, les louanges de Jésus et de Marie. Dieu m'a donné de la voix, mais il veut que je sois muette. Quand je chante, je crache le sang, et on me défend de chanter. J'aurais tant aimé soigner les malades dans les hospices, élever les enfants, faire la salle d'asile, voyager. C'est là mon attrait, c'est là mon désir, c'est là mon élan. Hélas, je suis inutile en tout. Je n'acquiers aucun mérite ». Et ses yeux s'imprégnaient de mélancolie. Alors elle essaye de se frayer une voie, de faire autre chose.
Si ce n'est pas ça le lieu, où est-il ? La vie active de Bernadette.
Et puis qu'est-ce qu'elle nous dira, à ce propos, dans cette infirmerie ?
«Je suis plus heureuse avec mon crucifix sur mon lit de souffrance, et en faisant le signe de croix qu'une reine sur son trône ».
Elle supporta ses souffrances, ordinairement très vives, avec une grande résignation, sans se plaindre. Quand ses compagnes lui faisaient remarquer qu'elle était souvent sur la croix, elle prenait son crucifix et disait : «Je suis comme lui. »
Dans la première intervention, il nous a été dit que saint Paul s'identifia au Christ par la Passion. Marie devient la Mère de l'humanité lorsqu'elle est au pied de la croix, par la Passion du Christ. Bernadette s'identifie à Marie, et donc au Christ, au moment de la Passion.
Donc c'est le lieu, un lieu où l'on fait le passage. L'avons-nous découvert- ? Bernadette l'avait bien découvert. Et c'est ça le message de Marie.
Ce qui différencie Bernadette des voyants de La Salette
La Salette
PAROLES DE LA VIERGE MARIE ...Si mon peuple ne veut pas se soumettre, Je suis forcée de laisser aller la main de mon Fils. Elle est si lourde et si pesante, que je ne puis plus la retenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, Je suis chargée de le prier sans cesse. Et pour vous autres, vous n'en faites pas cas... "Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me l'accorder." Ceux qui conduisent les charrettes, ne savent pas parler sans y mettre le Nom de mon Fils au milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils. Si la récolte se gâte, ce n'est qu'à cause de vous autres. Ah ! mes enfants, il faut bien faire votre prière soir et matin...
Maximin - Pendant l’Apparition, il s’amusait avec son bâton à faire tourner son chapeau ou à pousser des cailloux vers les pieds de la Belle Dame : tel il est resté toute sa vie. Il répond aux enquêteurs avec simplicité mais du tac au tac. Cordial, dès qu’il se sent vraiment aimé. Malicieux, quand on veut le "récupérer". Volontiers espiègle, et même avec le Curé d’Ars, semble-t-il. Imprévoyant en affaires..., comme il l’était quand il partageait avec son chien, dès le matin, le casse-croûte de la journée. Un cœur d’or, toujours candide, dans une vie trimbalée : de l’école de Corps au séminaire du Rondeau, d’un presbytère de campagne à la Grande Chartreuse, du séminaire d’Aire-sur-Adour à l’hospice du Vésinet (Yvelines) ou au collège de Tonnerre (Yonne) où il est "employé". Chez les époux Jourdain, près de Versailles, il est pris en affection : il est question de lui faire entreprendre des études de médecine. En fait, il s’engage comme zouave pontifical, mais six mois après, il revient à Paris. Il publie alors "Ma profession de foi sur l’Apparition de Notre Dame de La Salette" en réponse à un article agressif de "La Vie Parisienne". Victime d’un associé, marchand de liqueurs, le voici encore sans ressources. Il demeure alors à Corps, qu’il aurait mieux fait de ne jamais quitter. Asthmatique et cardiaque, il monte une dernière fois au pèlerinage et fait sur les lieux le récit de l’Apparition. Le 1er mars 1875, il meurt à Corps, après avoir reçu la Communion et bu un peu d’eau de La Salette. Pauvre et généreux, il avait écrit un testament : pour redire son témoignage sur l’Apparition, et léguer son cœur au Sanctuaire de La Salette.
Bernadette revient le lendemain, le lundi 22 février. Les gens affluent, plusieurs centaines, et la fille est forte de l’invitation de la Dame. Or voici que rien ne se passe. On attend. Rien. Bonne occasion pour les autorités de reprendre les choses en main et pour tous ceux qui riaient de la comédie d’une jeune fille qui fait courir les crédules et les bien-pensants friands de merveilleux. M. Dufo, l’avocat, Pougat, le président du tribunal, et d’autres notables, des médecins, des commerçants, des gens qui avaient fait des études, et tous les anticléricaux n’attendaient que cette occasion pour se moquer. Le clergé était partagé; le curé du lieu, un homme rude, mais bon et zélé et intelligent résolut d’attendre que les événements se précisent.
Bernadette est désemparée.
Déjà la veille après les vêpres, un sergent de la ville, officier de police vêtu des insignes de la force publique, s’était approché d’elle et l’avait touchée sur l’épaule.
- Au nom de la loi, dit-il.
- Que me voulez-vous ? dit l’enfant.
- J’ai ordre de vous prendre et de vous emmener.
- Et où ?
- Chez le commissaire de police. Suivez-moi.
Et Bernadette se trouvait ce soir-là face à M. Jacomet, le commissaire de police, pour la première, mais pas la dernière fois. Les autorités furent lents à la détente. On connaît le dialogue grâce à M. Estrade, l’inspecteur des impôts, qui voulait assister à l’interrogatoire :
Jacomet : Il paraît que tu vois une belle Dame à la grotte de Massabielle, ma bonne petite. Raconte-moi tout.
Bernadette avec son regard innocent raconte et répond aux questions.
Jacomet : Tu mens, s’écria-t-il soudain.
On peut imaginer la frayeur de la petite fille. Elle répond cependant avec calme :
- Monsieur, vous pouvez me faire prendre par les gendarmes, mais je ne peux dire que ce que j’ai dit. C’est la vérité.
- C’est ce que nous allons voir, répondit le commissaire.
- Non, je n’ai pas dit cela, mais ceci.
Le commissaire voyant qu’il n’arrivait à aucun résultat reprit le ton de la menace :
- Si tu continues d’aller à la Grotte, je te fais mettre en prison, et tu ne sortiras d’ici qu’en t’engageant à ne plus y retourner.
- J’ai promis à la vision d’y aller, dit l’enfant. Et puis quand le moment arrive je suis poussé par quelque chose qui vient en moi et qui m’appelle.
Le commissaire lance des menaces au père de l’enfant.
Le lendemain c’est la consternation chez Bernadette et la foule qui s’était assemblée, mais la fille resta sûre de ce qu’elle disait, le doute ne l’effleurait pas, mais en rentrant en ville elle versait des larmes.
Nouvelle comparution devant le commissaire en présence des parents.
Les apparitions reprennent à partir de mardi. Nouvelle épreuve le vendredi suivant : la Dame n’est pas au rendez-vous.
Elle se montre les jours suivants, du 27 février au 5 mars. Ce dernier jour-là ce sera la 15e apparition. Elle apparaîtra encore trois fois à des intervalles importants : le 25 mars, le 4 avril et le 16 juillet. Des foules de plus en plus nombreuses se pressent à Lourdes.
Bernadette se pose elle-même la question dès la première absence : « Je ne sais pas en quoi j’ai manqué à cette Dame ». « Qu’est-ce que je lui ai fait ? Est-elle fâchée ?... »
Pourquoi cette épreuve ?
Je pense que ma question porte en elle-même sa réponse, il s’agit bien d’une épreuve. Une épreuve nécessaire dans toute vie de prière, répond François Vayne, qui est responsable de la librairie de Lourdes et de la revue Lourdes-Magazine et qui a écrit un très beau petit livre Prier 15 jours avec Bernadette. Le Seigneur ne paraît pas toujours quand on l’attend. Il faut apprendre, dit : la petite Thérèse de Lisieux, que le Seigneur est plus près de nous quand nous nous croyons abandonnés. « Les jours vides, dit encore Vayne, sont l’occasion pour nous de manifester notre fidélité. Le Christ lui aussi a vécu ce sentiment d’angoisse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ? Cette parole du Christ n’est en fait que la reprise d’un verset du psaume 27, et qui n’est rien d’autre qu’un cri qui traverse toute l’histoire d’Israël et plus encore toute l’histoire de l’humanité.
[Le samedi 10 avril j’ai noté dans mon Journal : Ce matin, tandis que je prépare cette causerie je lis au bréviaire un extrait de la Première lettre de saint Pierre et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Bernadette. Ces versets de l’apôtre Pierre correspondent exactement à ce que j’essaie de dire sur l’épreuve qu’a connue la fille avec les tracasseries des autorités et aussi la non-apparition le lundi et vendredi. Voici le texte : « Mes bien-aimés, ne vous laissez pas dérouter ; vous êtes mis à l’épreuve par les événements qui ont éclaté chez vous comme un incendie ; ce n’est pas quelque chose de déroutant qui vous arrive. Mais puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera. Si l’on vous insulte à cause du nom du Christ, heureux êtes-vous, puisque l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose en vous… Si l’on fait souffrir l’un de vous… en tant que chrétien qu’il n’ait pas de honte et rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien. Car voici le temps du jugement, il va commencer par la famille de Dieu… » (I Pierre 4, 12et suivants)]
5 les secrets entre Marie et Bernadette.
Je cite le témoignage de la fille sur la quinzaine des apparitions :
J’y revins pendant quinze jours. La vision parut tous les jours, à l’exception d’un lundi et d’un vendredi. Elle me répéta plusieurs fois que je devais dire aux prêtres qu’il devait s’y faire une chapelle et d’aller à la fontaine pour me laver et que je devais prier pour les pécheurs. Dans l’espace de ces quinze jours elle me donna trois secrets qu’elle me défendit de dire à personne. J’ai été fidèle jusqu’à présent. »
De quoi s’agit-il dans ces secrets ?
Evidemment je n’en sais rien, personne n’en sait rien, puisqu’elle a tenu parole et qu’elle n’en a rien laissé paraître. Mais ce qu’Henri Lasserre a perçu me semble si juste que je ne résiste pas à vous en lire l’essentiel :
Il nous est permis de remarquer la profonde et délicate connaissance du cœur humain et la maternelle sagesse, qui déterminèrent sans doute l'auguste Interlocutrice de Bernadette à faire précéder de quelques paroles, entièrement secrètes, la mission publique dont elle l'investissait. Favorisée aux yeux de tous de visions merveilleuses, chargée envers les prêtres du vrai Dieu d'un message d'outre-monde, cette âme d'enfant, jusque-là si paisible et si solitaire, se trouvait transportée tout à coup au centre des foules innombrables et des agitations infinies. Elle allait être en butte aux contradictions des uns, aux menaces des autres, aux railleries de plusieurs, et, ce qui était bien plus dangereux pour elle, à l'enthousiaste vénération d'un grand nombre. Les jours approchaient où des multitudes l'acclameraient et se disputeraient comme des reliques saintes les lambeaux de ses vêtements ; où des personnages éminents et illustres se prosterneraient devant elle et lui demanderaient de les bénir, où un Temple magnifique s'élèverait et où des peuples entiers s'ébranleraient en pèlerinages et en processions incessantes sur la foi de sa parole. Et c'est ainsi que cette pauvre fille du peuple était sur le point de traverser l'épreuve la plus terrible qui pût assaillir son humilité, épreuve où elle pouvait perdre à jamais sa simplicité et sa candeur, toutes ces vertus modestes et douces qui avaient germé et fleuri au sein de la solitude. Les grâces mêmes qu'elle recevait devenaient ainsi pour elle un péril redoutable, un péril auquel plus d'une fois ont succombé des âmes d'élites, honorées des faveurs du Ciel (notre auteur pense certainement aux voyants récents de La Salette). Saint Paul lui-même, après ses visions, était tenté d'orgueil et avait besoin que le mauvais ange de la chair le souffletât pour l'empêcher de s'exalter en son cœur.
La sainte Vierge voulait garantir cependant cette petite fille qu’elle aimait, sans permettre au Mauvais Ange d'approcher de ce lys de pureté et d'innocence, éclos aux rayons de sa grâce. Or, que fait la Mère quand un danger menace son enfant? Elle le serre davantage et plus tendrement sur son sein et elle lui dit tout bas, dans le mystère d'une parole doucement murmurée en son oreille : « Ne crains rien, je suis là. » Et, si elle est obligée de le quitter un instant et de le laisser seul, elle ajoute : « Je ne m'éloigne point, je suis à deux pas de toi, ici même, et tu n'as qu'à étendre la main pour prendre la mienne. » Ainsi fit, pour Bernadette, la Mère de nous tous. Au moment où le monde et ses tentations diverses, Satan et ses pièges subtils pouvaient s'efforcer de la lui arracher, Elle voulut la faire entrer plus profondément dans son intimité; Elle l'entoura de ses bras et la serra plus fortement sur son cœur. Dire, - Elle, la Reine du Ciel ! - un secret à l'enfant de la terre, c'était faire tout cela : c'était élever Bernadette jusqu'à la portée de ses lèvres parlant à voix basse; c'était fonder dans le souvenir de la petite fille un lieu de refuge inaccessible, on lieu de paix et d'intimité, que nul ne viendrait jamais troubler.
Un secret, confié et entendu, crée entre deux âmes le plus étroit des liens. Dire un secret, c'est donner un gage assuré d'affectueux abandon et de fidélité; c'est établir un sanctuaire fermé et comme un rendez-vous sacré entre deux cœurs. Quand quelqu'un, et surtout quelqu'un d'infiniment au-dessus de nous, nous a révélé son secret, nous ne pouvons plus douter de lui. Son amitié, par cette intime confidence, a pris en quelque sorte domicile en nous-mêmes, et il se rend par là l'hôte constant, j'allais dire, avec plus de netteté, l'habitant de notre âme. Penser à ce secret, c'est en quelque sorte serrer mystérieusement sa main et le sentir présent.
Et c'est ainsi qu'un secret confié par la Vierge à Bernadette devenait pour cette dernière la plus sûre des sauvegardes. Ce n'est point la théologie qui nous l'enseigne: c'est l'étude même du cœur humain qui le rend évident.
Les apparitions ont joué un rôle déterminant dans la vocation de Bernadette. Elle n’a pas vu clair d’emblée, de façon brutale comme l’apôtre Paul. Ce dernier nous raconte dans la lettre aux Galates :
« Vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans le judaïsme, avec quelle frénésie je persécutais l’Eglise de Dieu et je cherchais à la détruire ; je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères. Mais lorsque celui qui m’a mis à part depuis le sein de ma mère et m’a appelé par sa grâce a jugé bon de révéler en moi son Fils afin que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, loin de recourir à aucun conseil humain ou de monter à Jérusalem auprès de ceux qui étaient apôtres avant moi, je suis parti » Gal. 1,13-17)
Jérémie pareillement fait remonter le moment de sa vocation avant sa conception et sa naissance (Jr. 1,4-5).
Jésus perçoit la voix du Père après son baptême dans le Jourdain : Jésus prie ; alors le ciel s’ouvre ; l’esprit saint descend sur lui sous une apparence corporelle, comme une colombe, et une voix vient du ciel :’’Tu es mon fils aujourd’hui je t’ai engendré’’ ». Il sent qu’il a une mission à accomplir et que c’est le moment de s’y lancer – il avait environ trente ans. Les disciples sont arrachés assez brutalement à la vie qu’’ils menaient avant l’appel du Christ – les uns étaient pêcheurs, Matthieu était à son bureau de douane…
Et nous ?
Nous ne sommes pas nécessairement appelés à être des apôtres, mais à faire de notre vie un chemin vers quelque part… vers Dieu. Nous sommes tous des pèlerins, en route vers… L’aventure humaine consiste à sortir et à quitter pour… un pays que la vie nous dévoile peu à peu et qui fait que notre vie est une, bien que nous n’en percevions la plupart du temps que des bribes - et unique – personne ne peut faire à ma place. Et cette tâche n’est pas impossible. Nous pouvons l’accomplir. We can. Barack Obama nous l’a dit le 8 janvier dans un discours de campagne présidentielle, et ce mot a parcouru le monde comme une traînée de poudre comme un autre de son frère de race cinquante ans plus tôt, Martin Luther King :
« Lorsque nous avons surmonté des épreuves apparemment insurmontables ; lorsqu’on nous a dit que nous n’étions pas prêts, ou qu’il ne fallait pas essayer, ou que nous ne pouvions pas, des générations d’Américains ont répondu par un simple credo qui résume l’esprit d’un peuple. « Oui, nous pouvons.
« Ce credo était inscrit dans les documents fondateurs qui déclaraient la destinée d’un pays. « Oui, nous pouvons.
« Il a été murmuré par les esclaves et les abolitionnistes ouvrant une voie de lumière vers la liberté dans la plus ténébreuse des nuits. « Oui, nous pouvons.
« Il a été chanté par les immigrants qui quittaient de lointains rivages et par les pionniers qui progressaient vers l’ouest en dépit d’une nature impitoyable. « Oui, nous pouvons. »
« Ce fut l’appel des ouvriers qui se syndiquaient ; des femmes qui luttaient pour le droit de vote ; d’un président qui fit de la Lune notre nouvelle frontière ; et d’un King [NDLR : en anglais, un roi, mais ici il s’agit de Martin Luther King] qui nous a conduits au sommet de la montagne et nous a montré le chemin de la Terre promise. « Oui, nous pouvons la justice et l’égalité. Oui, nous pouvons les chances et la prospérité. Oui, nous pouvons guérir cette nation. Oui, nous pouvons réparer ce monde. « Oui, nous pouvons. »